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Par visite ou par dépense ? La leçon Starbucks

En 2016, Starbucks a abandonné la récompense par visite pour la récompense par dollar dépensé. La réaction des clients est un cas d'école, et un argument décisif pour la fidélisation à la visite dans le commerce de proximité.

Il existe deux façons de compter la fidélité : récompenser la visite (revenir) ou récompenser la dépense (dépenser plus). Le débat semble théorique. Il a pourtant eu son crash-test grandeur nature, mené par le plus grand programme de fidélité de la restauration mondiale.

2016 : Starbucks change d'unité

Jusqu'en 2016, My Starbucks Rewards attribuait une étoile par visite, quel que soit le montant : douze étoiles, une récompense. En février 2016, l'enseigne bascule sur un modèle par dépense : deux étoiles par dollar, récompense à 125 étoiles. Rationnel sur le papier (aligner la récompense sur le chiffre d'affaires.

La réaction fut immédiate et massivement négative : des dizaines de milliers de clients protestataires, le sujet en tendance sur les réseaux sociaux, une couverture presse abondante. Le grief était simple : pour le client moyen) celui qui prend un café, pas un plateau (la récompense s'éloignait brutalement. Le programme s'était mis à préférer les gros tickets aux clients réguliers.

Ce que l'épisode enseigne

  • Le client pense en visites, pas en euros. « Encore trois passages et j'ai ma récompense » : le modèle mental est immédiat. Un solde en points-par-euro exige un calcul) et ce qu'on ne comprend pas d'un coup d'œil ne motive pas.
  • La fidélité cherche la récurrence, pas le panier. Le comportement qu'un commerce veut encourager, c'est le retour : la dépense suit la fréquence. Récompenser la visite, c'est récompenser exactement le comportement qu'on veut voir se répéter.
  • Le par-dépense favorise ceux qui dépensaient déjà. Il redistribue les récompenses vers les gros paniers (qui seraient venus de toute façon) au détriment des réguliers, dont la fidélité est précisément ce que le programme devait construire.

La dimension que l'histoire oublie : l'infrastructure

Starbucks pouvait compter les dollars parce que le paiement passe par sa propre application : l'enseigne voit chaque transaction. Un commerce de proximité, lui, ne peut compter la dépense qu'en intégrant son logiciel de caisse ou en faisant saisir le montant par l'équipe (c'est-à-dire en réintroduisant tout ce que la fidélité simple doit éviter. Compter la visite ne demande qu'une chose : prouver la présence. Un tag NFC en caisse y suffit.

Dernier détail savoureux : l'une des justifications de Starbucks en 2016 était la fraude au par-visite) des clients fractionnaient leurs commandes pour multiplier les étoiles. Le problème est réel quand la visite se mesure en transactions. Il disparaît quand elle se mesure en présence : chez Lecy, le délai minimal entre deux points, réglé par le commerçant, fait qu'un passage égale un point (fractionner un ticket ne produit rien.

Et pour le panier exceptionnellement gros, pas besoin de changer de modèle : l'équipe peut ajouter des points manuellement, en deux touches d'écran. La visite comme unité, l'exception à la main) c'est le meilleur des deux mondes, sans l'infrastructure d'un géant.

L'auteur

Badr El Moujtahid est le fondateur de Lecy et dirige NFGO SAS, son éditeur. Avant Lecy, des années chez Cartier (groupe Richemont), en supply chain et transformation digitale, puis la digitalisation des restaurants avec Sittap.En savoir plus.

466 mots · publié le 15 juillet 2026

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